« Tout s’effondre » : chef-d’œuvre signé Chinua Achebe
Coin lecture
Je découvre la littérature africaine précoloniale et ce livre est un chef-d’œuvre. Tout s’effondre, un intemporel, dont nous allons parler tout au long de cet article. Il fait l’état du Nigéria précolonial dans la tribu igbo. Paru en 1958 sous la plume du grand Chinua Achebe, le livre raconte la vie de personnages profonds et agréablement variés.

L’œuvre magistrale de Chinua Achebe
Je vous offre un aperçu des valeurs, croyances et bouleversements, de ce que je classe parmi mes classiques de la littérature africaine. Dans cette œuvre, la question de l’impact de la colonisation y est abordée de manière très pertinente. Alors si le cœur vous-en dit, lisez et laissez-moi un commentaire. J’adore vous lire.

Ce que je retiens du personnage principal
Commençons par Okonkwo, un homme fier comme on en connaît tous, pour qui montrer ses émotions, son amour, c’est être faible. Lorsqu’il se sent submergé, il préfère battre sa femme plutôt que faire face à ses émotions. Intolérant à toute forme de faiblesse et très exigeant vis-à-vis des autres, sa famille le perçoit comme une terreur. Au point où personne ne le comprend ni ne souhaite s’approcher de lui, hormis sa fille, Ezinma, une enfant ogbanje, des nfants malfaisants qui, après leur mort, retournent dans le ventre de leur mère pour renaître et mourir à nouveau. Une petite au caractère trempé qui est son enfant préférée, même s’il ne le montre pas.
Pour ce qui est des autres personnages, je vous conseille de lire le livre, ils sont nombreux et vous ne serez pas déçu.
Les valeurs abordées dans le livre
Quoique l’on reproche à Okonkwo, on ne peut pas nier que c’est un battant qui ne s’est pas trouvé d’excuses. Il s’est construit en partant de rien sans compter sur son père Unoka, fainéant mais très bon musicien. Ce père, énervant mais qui est resté fidèle à sa philosophie. Il disait : « De la bouche d’un cadavre, on se rend compte qu’il ne mangerait plus rien. » Alors il priorisait l’instant présent. Il est mort très endetté, sans titre de noblesse. Et n’a rien laissé à ses enfants. Mais au moins, il était honnête envers lui-même et prônait une forme de gentillesse. C’est à ce père qu’Okonkwo craignait de voir son fils aîné ressembler. Alors, il a été très vite exigeant envers le jeune Nwoye. Il disait le battre pour « l’endurcir ».
Modèle culturel de résolutions des conflits
Lorsqu’une femme du clan d’Okonkwo est tuée par un membre d’un clan adverse, la réponse pour atténuer le conflit est décidée. Le clan adverse doit « donner » une femme et un jeune homme au clan Umuefia pour éviter la guerre. La femme est donnée en mariage au mari de la défunte. Le jeune homme, Ikemefuna, est confié à Okonkwo en attendant que son sort soit décidé. Ikemefuna a un impact positif sur Nwoye. C’est pour le plus grand bonheur de son père. Mais lorsque trois années plus tard, le clan décide d’exécuter le jeune Ikemefuna alors âgé de 18 ans, c’est le début de la fin pour la famille d’Okonkwo.
Son fils lui en a voulu, a quitté la famille et a fini par rejoindre les missionnaires blancs. Lui-même s’en est voulu. Après avoir tué de sa machette ce jeune pour qui il avait une grande affection et qui l’appelait « père », il ne fallait surtout pas paraître faible. Alors il encaissa.

Les symboles culturels et les croyances
Dans ce livre, il est question d’une société patriarcale africaine comme on en connaît beaucoup. Mais les mariages ne semblaient pas forcés. Il existait un système méticuleux mis en place pour tout. Ils avaient une certaine place accordée à la femme et même une expression qui disait : « La mère est suprême. » Après le décès des femmes, ils retournaient les enterrer sur leur terre natale, dans le clan de leur enfance.
En ce qui concerne le concept de divinités tel qu’abordé dans le livre, il est différent de tout ce que je connaissais auparavant. Chaque personne a un Chi, un dieu individuel qui le protège, le bénit, garantit sa destinée… Une expression dit d’ailleurs : « Lorsqu’un homme dit oui, son Chi dit oui. »
Pour le reste, il existait différents dieux pour différentes choses comme Amadiora, le dieu du ciel. Celui du tonnerre entre autres. L’une des plus importantes semble être Ani, la déesse de la terre et de la fertilité. Et leur dieu suprême était Chukwu, qui selon eux avait créé tous les autres.
Ne vous méprenez pas, tout n’y est pas parfait, c’est même loin d’être le cas. Les membres du clan jettent les jumeaux dans la forêt maudite, car selon eux, ils constituent une offense à la Terre. Ils tuent des innocents pour réparer le tort de leur clan, comme ce fut le cas d’Ikemefuna. Et mutilent les cadavres de bébé qu’ils jugent être des enfants Ogbanje.
L’impact de la colonisation sur la tribu

Dans la seconde partie du livre, un changement radical commence dans le village d’Okonkwo alors qu’il est exilé et s’étend dans le clan de sa mère qui l’a accueilli. Les Blancs arrivent, s’installent, convertissent et cet événement crée des déchirures. Des familles se séparent à cause des divergences d’opinion, certains membres du clan se retournent contre d’autres.
Malgré la discorde, un principe demeure : un membre du clan ne doit pas en tuer un autre. Dans la dernière partie du livre, après sept ans d’exil, Okonkwo retourne dans son clan, conscient que les choses ont changé. Il est conscient qu’il devra à nouveau se battre pour avoir sa place. Il élabore un plan structuré.
Retour d’Okonkwo et chute d’Umuofia
Cette partie illustre parfaitement le titre du livre selon moi. Car à ce moment précis, tout s’effondre réellement. Le clan d’Umuofia, auparavant craint, était réduit à la soumission.
En plus de l’église, les blancs avaient implanté leur tribunal qui jugeait selon leurs propres règles. Leur gouvernement est rejoint par beaucoup de membres du clan. Un peuple de guerriers se retrouve à tout accepter, de peur de voir leur clan décimé comme tous les autres avants eux.
Les colons ont, en plus, construit des écoles, des hôpitaux dans lesquels ils reçoivent et pacifient tous ceux qui sont hostiles à leur cause. S’en suivent de nombreux événements où les dieux du clan sont insultés publiquement, les notabilités humiliées. Cela conduit au seuil de rupture : soit c’est la révolte générale, soit ils capitulent.
La tragique fin d’Okonkwo
Okonkwo, qui s’est battus bec et ongles contre ce changement, finit par baisser les armes. Rassurez-vous il a refusé de se plier devant les Blancs. Conscient qu’il serait seul à s’opposer et après avoir tué un des colons, il se suicida. Il renonca ainsi à tout ce pour quoi il s’était battu toute sa vie : un enterrement et une reconnaissance dignes de son rang. Car prendre sa propre vie était une abomination pour un homme, c’était une offense à la Terre et celui qui la commettait ne pouvait pas être enterré par ceux de son clan. Son corps est maudit et seuls des étrangers peuvent le toucher.
Okonkwo est honni par la déesse Ani et enterré comme « un chien ». Ce sont les mots de l’auteur. Pendant ce temps, la colonisation et le christianisme gagnent peu à peu tous les villages aux alentours.
Le livre se lit très facilement. Il fait l’état de la tribu Igbo du Nigeria précolonial. Des mécanismes et stratagèmes par lesquels la colonisation en Afrique a commencé. Des impacts immédiats, en plus il est riche d’histoires et de proverbes. Comme cette célèbre phrase :
« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens. L’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur. »
Proverbe Africain
Chinua Achebe fait parti de ces lions devenus précurseurs grâce aux œuvres de la littérature Africaine précoloniale. Je suis impatiente de les découvrir plus en nombre.
En attendant, tout s’effondre de Chinua Achebe est une lecture que vous ne regretterez pas. Et si cet article vous a plu. N’hésitez pas à lire mes autres articles !
